Le coût de l'inaction

Le coût de l’inaction

À retenir
  • Le coût de l'inaction face au changement climatique devient un critère stratégique croissant dans les décisions des entreprises et des investisseurs, au-delà du seul coût d'investissement.
  • Les entreprises comparent désormais deux scénarios — investir aujourd'hui ou subir demain les conséquences économiques de l'inaction — en intégrant des dimensions comme la continuité d'activité, la résilience des chaînes de valeur et la disponibilité des ressources.
  • Les impacts économiques du changement climatique (interruptions d'activité, hausse des coûts d'assurance, difficultés d'approvisionnement, baisse de productivité) sont déjà visibles et modifient concrètement les paramètres économiques des entreprises.
  • Pour les investisseurs, l'analyse intègre progressivement la capacité d'une entreprise à anticiper ses vulnérabilités et à renforcer sa résilience, ce qui peut différencier deux entreprises aux résultats financiers actuellement comparables.
  • Cette logique dépasse le seul climat et s'étend aux tensions sur les ressources naturelles, à la biodiversité, aux infrastructures critiques et aux dépendances géopolitiques, marquant un retour du temps long dans les décisions économiques.

Pourquoi le coût de l’inaction devient un nouveau critère dans les décisions des entreprises et des investisseurs

Jusque-là, les investissements liés à la transition étaient principalement évalués à travers leur coût. Aujourd’hui, la question évolue. Face au changement climatique, aux tensions sur les ressources et aux nouvelles attentes des marchés, les entreprises et les investisseurs s’interrogent de plus en plus sur le coût de ne rien faire. Cela transforme la manière d’analyser les risques, les investissements et la création de valeur.

Les projets liés à la transition sont souvent perçus comme des dépenses supplémentaires. Rénover un bâtiment, moderniser un outil industriel, diversifier ses fournisseurs, renforcer certaines infrastructures ou améliorer l’efficacité énergétique représentent avant tout des coûts d’investissement.

Cette logique n’a pas disparu, mais une autre question apparaît dans les réflexions stratégiques : Quel est le coût de l’inaction ?

Quelles pourraient être les conséquences économiques d’un investissement repoussé, d’une vulnérabilité non traitée ou d’une dépendance insuffisamment anticipée ? Cela traduit un changement profond de perspective.

Une nouvelle manière de raisonner

Les entreprises n’opposent plus systématiquement le coût d’un investissement à une situation de référence supposée stable. Elles commencent à comparer deux scénarios : investir aujourd’hui ou supporter demain les conséquences d’une absence d’investissement.

Cette logique est désormais explicitement utilisée dans les travaux sur l’adaptation au changement climatique. L’Agence européenne pour l’environnement propose notamment de mettre en regard trois éléments : le coût de l’inaction, le coût de l’adaptation et les bénéfices de l’adaptation. Elle définit le coût de l’inaction comme le coût économique du changement climatique en l’absence d’adaptation planifiée. Source : European Environment Agency, Assessing the costs and benefits of climate change adaptation.

Cette approche intègre de nouvelles dimensions dans les analyses économiques :

  • la continuité d’activité
  • la disponibilité des ressources
  • la robustesse des infrastructures
  • la résilience des chaînes de valeur
  • la capacité de l’entreprise à maintenir sa performance dans un environnement plus instable.

L’analyse ne porte plus uniquement sur le coût de l’action. Elle porte également sur le coût potentiel de l’inaction.

Des coûts qui deviennent plus visibles

Cette évolution s’explique car certaines conséquences du changement climatique ne relèvent plus uniquement de scénarios futurs. Canicules, sécheresses, inondations, tensions sur l’eau, événements climatiques extrêmes ou perturbations logistiques produisent déjà des effets économiques.

Selon le World Economic Forum, les catastrophes liées au climat ont généré plus de 3 600 milliards de dollars de dommages dans le monde depuis 2000. Son rapport The Cost of Inaction: A CEO Guide to Navigating Climate Risk, publié avec le Boston Consulting Group, souligne que les risques climatiques physiques et les risques de transition affectent déjà les marchés et les modèles économiques.

En Europe, l’Agence européenne pour l’environnement estimait déjà à plus de 560 milliards d’euros les pertes économiques liées aux événements météorologiques et climatiques extrêmes entre 1980 et 2021, dont seulement un quart à un tiers étaient assurées. Source : European Environment Agency.

Selon les secteurs, cela peut se traduire par des interruptions d’activité, une baisse de la productivité lors des fortes chaleurs, des difficultés d’approvisionnement, une hausse des coûts d’assurance, une dégradation plus rapide de certaines infrastructures, ou une augmentation des coûts liés à certaines ressources.

Pris individuellement, chacun de ces phénomènes peut sembler ponctuel. Ensemble, ils modifient les paramètres économiques dans lesquels évoluent les entreprises.

Ce que cela change concrètement pour une entreprise

Au-delà des objectifs de réduction des émissions, les directions générales s’interrogent sur des sujets très opérationnels :

  • les sites de production resteront-ils adaptés aux conditions climatiques futures ?
  • certains fournisseurs sont-ils particulièrement exposés aux risques physiques ?
  • les infrastructures critiques sont-elles suffisamment résilientes ?
  • les plans de continuité d’activité intègrent-ils les nouveaux risques climatiques ?
  • certaines dépendances pourraient-elles fragiliser durablement le modèle économique ?

L’adaptation devient ainsi un sujet de gouvernance autant qu’un sujet environnemental.

L’enjeu économique est important. Le World Economic Forum souligne que les entreprises qui investissent dans l’adaptation, la résilience et la décarbonation peuvent obtenir des bénéfices économiques significatifs, certaines initiatives étudiées générant jusqu’à 19 dollars de valeur pour chaque dollar investi. Source : World Economic Forum.

La question n’est plus seulement de savoir combien coûte un investissement, mais aussi quels coûts, pertes ou vulnérabilités il permet d’éviter.

Ce que cela change concrètement pour un investisseur

Pour les investisseurs, l’analyse ne porte plus uniquement sur les performances actuelles d’une entreprise. Elle intègre sa capacité à faire face à un environnement plus contraint.

Deux entreprises peuvent aujourd’hui afficher des résultats financiers comparables. Pourtant, leurs perspectives de long terme peuvent différer sensiblement si l’une a déjà identifié ses principales vulnérabilités, sécurisé ses ressources critiques ou renforcé la résilience de ses actifs. Le coût de l’inaction devient ainsi un élément supplémentaire d’analyse des risques et de la création de valeur.

Les travaux de la Banque centrale européenne illustrent cette évolution. Son stress test climatique réalisé sur plus de quatre millions d’entreprises et 1 600 banques de la zone euro conclut qu’une transition engagée suffisamment tôt permet de limiter les risques à long terme. Dans un scénario où le changement climatique n’est pas traité, la probabilité moyenne de défaut des portefeuilles de prêts aux entreprises des banques de la zone euro serait 8 % plus élevée en 2050 que dans un scénario de transition ordonnée. Source : Banque centrale européenne, Economy-wide climate stress test.

Pour les portefeuilles les plus vulnérables aux risques climatiques, l’écart est encore plus important.

Plus récemment, des investisseurs ont commencé à intégrer directement ces risques dans leurs méthodes d’analyse. Allspring Global Investments souligne par exemple que l’inaction climatique peut contribuer à éroder la valeur des actifs, élargir les spreads de crédit et accroître la volatilité, notamment dans l’agriculture, l’immobilier, l’assurance et les infrastructures énergétiques. Source : Allspring Global Investments, The Cost of Inaction: Physical Risk & Adaptation.

Le coût de l’inaction devient ainsi un élément supplémentaire d’analyse des risques et de la création de valeur.

Une logique qui dépasse le climat

Cette réflexion dépasse largement les seuls enjeux climatiques. Elle concerne également :

  • les tensions sur les ressources naturelles
  • la disponibilité de l’eau
  • la biodiversité
  • les chaînes d’approvisionnement
  • les infrastructures critiques
  • certaines dépendances géopolitiques.

En France, les travaux de France Stratégie sur le coût de l’inaction climatique illustrent cette diversité. L’analyse couvre notamment l’eau, l’agriculture, la forêt, les risques littoraux, la biodiversité, l’énergie, les infrastructures et réseaux, les bâtiments, le tourisme et la santé. Elle montre également combien la quantification économique de ces risques reste complexe et inégale selon les secteurs. Source : France Stratégie, Coût de l’inaction face au changement climatique en France : que sait-on ? 2023.

Quel est le coût économique d’une vulnérabilité qui n’aurait pas été anticipée ?

Le retour du temps long

Cette évolution traduit aussi un retour du temps long dans les décisions économiques. Pendant plusieurs décennies, les analyses se sont souvent concentrées sur les coûts immédiats. Aujourd’hui, entreprises et investisseurs cherchent à intégrer les coûts susceptibles d’apparaître sur plusieurs années.

Les travaux de la BCE illustrent cette tension entre court et long terme. Ses simulations montrent que les coûts à court terme d’une transition climatique anticipée peuvent être compensés par les bénéfices à long terme liés à la réduction des risques physiques. À l’inverse, retarder les investissements réduit les efforts immédiats, mais augmente l’exposition future aux risques climatiques. Source : Banque centrale européenne, Need for speed on the Road to Paris.

Cette approche ne remet pas en cause la recherche de performance. Elle conduit à élargir l’analyse économique en intégrant des risques, des dépendances et des vulnérabilités qui étaient parfois considérés comme secondaires.

Une transformation qui ne fait que commencer

Toutes les entreprises ne seront pas confrontées aux mêmes défis. Les enjeux diffèrent selon les secteurs, les territoires, les modèles économiques et les chaînes de valeur.

La mesure du coût de l’inaction reste également imparfaite. France Stratégie souligne notamment l’hétérogénéité des méthodes et la difficulté à monétiser certains dommages climatiques. Il n’existe donc pas toujours un chiffre unique permettant d’arbitrer simplement entre action et inaction.

Mais une tendance se dessine. Les décisions d’investissement ne sont plus seulement évaluées à travers leur coût immédiat. Elles sont aussi de plus en plus analysées au regard des coûts qu’elles permettent potentiellement d’éviter. Le coût de l’inaction devient un nouvel angle de lecture des stratégies d’entreprise, des investissements et de la création de valeur à long terme.

Le prochain article de cette mini-série élargira la perspective en montrant comment un monde plus chaud transforme déjà les équilibres économiques.

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Questions fréquentes

Le coût de l'inaction désigne les conséquences économiques potentielles liées au fait de ne pas investir dans la transition ou de ne pas anticiper certaines vulnérabilités. Il s'agit de mesurer ce que coûterait le fait de ne rien faire face au changement climatique, aux tensions sur les ressources ou aux nouvelles attentes des marchés.

Les conséquences du changement climatique (canicules, sécheresses, perturbations logistiques) produisent déjà des effets économiques concrets comme des interruptions d'activité, des hausses de coûts d'assurance ou des difficultés d'approvisionnement. Les entreprises comparent donc de plus en plus le coût d'investir aujourd'hui avec celui de supporter demain les conséquences d'une absence d'investissement.

Les investisseurs ne se limitent plus aux performances financières actuelles d'une entreprise : ils évaluent aussi sa capacité à faire face à un environnement plus contraint. Deux entreprises aux résultats comparables peuvent avoir des perspectives très différentes selon que l'une a anticipé ses vulnérabilités, sécurisé ses ressources critiques et renforcé la résilience de ses actifs.

Non, cette logique dépasse largement les seuls enjeux climatiques. Elle s'applique aussi aux tensions sur les ressources naturelles, à la disponibilité de l'eau, à la biodiversité, aux chaînes d'approvisionnement, aux infrastructures critiques et à certaines dépendances géopolitiques.

Les coûts concrets incluent les interruptions d'activité, la baisse de productivité lors des fortes chaleurs, les difficultés d'approvisionnement, la hausse des coûts d'assurance, la dégradation accélérée des infrastructures et l'augmentation des coûts liés à certaines ressources. Pris ensemble, ces phénomènes modifient progressivement les paramètres économiques des entreprises.

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